>Le Pilori est un établissement privé de divertissement à but non lucratif
Affichage des messages blog dont le libellé est Texte. Afficher tous les messages blog
Affichage des messages blog dont le libellé est Texte. Afficher tous les messages blog

6/23/2008

Toutes Taxes Comprises



La caissière semblait avoir été conçu pour ce travail. D'un point de vue ergonomique d'abord, sa petite taille la prédisposait à se glisser naturellement dans l'espace exigu dévolu aux caissières, ensuite, sa très forte poitrine qu'elle posait sur le couvercle métallique de sa caisse lui permettait de ne jamais faire tomber de petites pièces (les "un" centimes d'Euro étant les pires) sur le sol. Elle s'en amusait souvent auprès des clients lorsqu'une de ses collègues devait plonger sous la caisse pour récupérer une pièce : "Moi avec mes... Ca peut pas m'arriver !" Et elle riait de son gros rire tuberculeux. Elle était avenante pour ne pas dire bavarde, ce qui la rendait "commerçante" aux yeux de son patron, quoiqu'il devait la surveiller de près pour qu'elle ne perde pas la cadence. Si elle n'avait qu'un seul défaut, c'était bien celui-là.

Lorsque la cliente suivante arriva à la hauteur de sa caisse, elle lui adressa son sourire habituel. Elle regardait toujours ses clients de la tête aux pieds si elle le pouvait. La cliente était énorme, tellement qu'elle avançait de trois-quart entre les barrières qui séparaient les caisses. Elle soupirait fort à chaque effort, et sortir chaque article, même petit de son caddy semblait un effort surhumain : "comment ça va aujourd'hui. Il est joli votre pull, vous l'avez trouvé où ça ?", demanda la caissière.
- Je l'ai tricoté moi-même..., dit l'autre sans prendre la peine de lever la tête de son caddy.
- Moi, j'ai jamais eu la patience. J'ai jamais réussi à faire que des serpières pour descendre les poubelles !

Les deux femmes riaient avec complaisance, presque par habitude.
- Dites votre fils, il est plus dans la classe de ma nièce !
- Ah bon !
- Oui, elle a été accepté dans une classe aménagée. 146 de Qi, ils pouvaient plus la garder à la maison. Elles s'emmerdaient avec nous autres, la petite. Dites, vous qui venez très régulièrement vous devriez la prendre la carte !
- ???
- La carte Monoprix, ça vaut le coup. Tiens là, si je regarde votre ticket, et bien... Vous auriez économisé 58 centimes.
La cliente ne répondit pas, elle se concentra sur son cabat à remplir en bout de caisse.
- C'est pas mal 58 centimes, non ?, reprit la caissière en allant poser ses nichons un peu au-delà de son habitude. Elle n'hésitait jamais à insister avec les gens. Il fallait savoir les brusquer disait-elle toujours, comme ça, à qui se trouvait devant-elle.
- Hein ? lança-t-elle à la volée sans plus y croire.
La grosse cliente rangeait consciencieusement ses courses en silence, la visage fermé à triple tour. Elle ne dirait plus un mot.

Elle s'aquita du montant du ticket en liquide, elle avait pile le montant, jusqu'aux 58 centimes qu'elle n'économiserait pas.

La caissière encaissa, si on peut dire.
(Client suivant...)



Partagez ce billet avec Additious

6/17/2008

Mais où va-t-on ?



Il y a ce type, ce breton. Pardon, ce bigouden ! Il habite à deux pas de chez moi. Ne me demandez pas où il va comme ça en parlant tout seul dans sa barbe pointue ? J'en ai aucune idée.

Il va en remontant la rue de Montreuil, une sorte de grand chapeau de sorcier en feutre sur la tête, avec sa démarche chaloupée et ses gros sabots qui claquent sur le sol ; et il invective les passants...
"Eh ! T'es grosse, t'es vilaine !" Il dit comme ça à toutes les femmes. Et aux chiens, il fait : "Wouah ! Wouah ! Grrr... Il est mignon !"

Il est armé d'un attaché-case de type Samsonite au gabarit imposant qu'il ne lâche jamais. Des dizaines de stickers à la gloire des bretons, des celtes, du pays bigouden et de divers mouvement druidiques en recouvrent les deux faces. Pour éviter qu'il ne se fasse dépouiller par ses "enculés de parisiens", une paire de menottes relie son poignet droit et la poignée de la malette. A l'intérieur de l'attaché-case se trouvent des milliers de feuilles de papier, ainsi qu'un marker indellébile de couleur noir. Noir comme le drapeau breton.

Il vaut mieux éviter de croîser son regard quand il tague une affiche 4X3 de slogans breton (en breton). C'est un regard hirsute et fou, un oeil globuleux à la conjonctivité congénitale qui se tourne alors vers vous, presque implorant. Sa bouche baveuse toujours entrouverte est parcourue de spasmes nerveux qui animent continuellement ce visage de nain ingrat et osseux. Il vous fixe alors avec une expression vide et morbide qui glace le sang.

D'ailleurs ça y est, je frissonne...

Le breton marche dans la rue. Voilà qu'il redescend la rue de Montreuil. Je n'ai jamais su où il allait comme ça, s'il travaillait ou bien s'il vivait au crochet d'une vieille mère acariâtre. Mais où va-t-il donc mon bigouden, et nous avec lui ?

Promouvoir cet article

5/13/2008

Les seins




Ma chère et tendre concubine a profité de notre petit séjour dans la chaumière normande parentale pour "rentrer du bois", comme on dit. Parce que ma moitié, elle ne se voit pas passer la Toussaint sans feu de cheminée. Inconcevable. Donc puisque nous sommes le week-end de Pentecôte et qu'il fait incroyablement beau pour un 11 mai, puisqu'elle est en maillot de bain, puisqu'il n'y plus de bûche dans le bûcher, remplissons-le. "Allez, je le fais !", elle a dit tout de bout.
Et comme c'est ainsi que je l'aime, je l'ai regardé partir avec sa brouette vers le fond du jardin. En maillot de bain deux pièces. Avec aussi sa jolie paire de ballerines Reppetto aux pieds et ses lunettes de soleil Prada sur le nez. Elle est partie exactement comme les jeunes recrues partirent au front en 14. En chantant.

Elle n'a pas chômé. Elle a fait le tri dans les bûches, choisi les plus belles et les plus grosses, celles qui feront honneur à la cheminée à l'arrivée des premiers frimas. Elle a fait des tours de jardins avec des brouettes pleines jusqu'à la gorge. Elle a fait la révolution dans le bûcher. Oui, c'est vrai, c'était mal organisé, mal structurée. Notre tas de bois a fier allure désormais. Vin Diou !

Et ce soir, au moment de se coucher après ces belles journées passées à vivre pleinement au plus près de la nature, elle m'a confié qu'elle était peut-être bien enceinte. Allons-nous avoir un petit Leni ? "Ouh ! Ca fait mal, j'ai les seins tout durs !"

- Chérie ! Chérie, tu n'es pas enceinte.
- Ah oui ! Et comment tu le sais d'abord... Monsieur le Directeur du Pilori ? Petit malin, va !
- Chérie, tu viens simplement de découvrir que tu avais des pectoraux !
- Des pectoraux ! Je déteste quand tu me prends pour une idiote...

Elle s'est retournée dans lit, a éteint la lumière. C'est tout.

5/06/2008

Interpol

- Interpol a besoin de toi !
- Encore ? Mais ils sont payés à quoi foutre les flics, Bon Dieu de Bon Soir ?
- ... ?!
- Et c'est qui ?
- Un pédophile.
- Encore ?
- C'est bien connu, plus on en attrape, plus on en trouve !
- C'est à croire qu'un type "normal" qui fait l'amour à sa femme selon les lois naturelles, gentiment, avec des mots de bon alois, poli et tout et tout, et ben c'est à croire que ce type là est une exception culturelle ! Et à quoi il ressemble notre zigomar ?
- A ceci...

- C'est lui ?
- Oui.
- Un type normal !!! Je m'en doutais !

Avis d'appel à témoins d'Interpol

Merde, on sonne !

Elle me saoule.
Elle parle tout le temps, à toute vitesse ; et on ne comprend rien à ce qu'elle dit tellement elle mâche les mots, sans doute pour éviter d'avoir mal aux mâchoires. Luna me parle et je ne parviens pas à écrire. Mais j'ai une arme secrète...

- Ourf ! Mais qu'est ce que... ?
Du Monsanto Bio. C'est un prout de destruction massive particulièrement silencieux. Le genre de truc qu'un garçon garde en réserve depuis l'enfance pour les grandes occasions (métro bondé, salle d'attente du médecin, cantine d'entreprise, ...). Oui, ça pue. Ca pue, mais Luna ne cesse pas de parler pour autant. Trop de trucs à dire.
Heureusement, on sonne à la porte !
- Eh ! Luna, on sonne à la porte !

C'est Jeanne, 10 ans, une copine de classe de Luna.
- Salut Luna !
- Salut Jeanne ! Excuse pour l'odeur... Mais... C'est pas moi.
Je souris nonchalamment en leur adressant un petit coucou de la main. Jeanne et Luna m'adressent ce regard de fille condescendant et vaguement atterré que les demoiselles réservent parfois aux garçons. Quarante-trois ans qu'elles me prennent pour un idiot de gamin ; je ne vieillis pas !

5/05/2008

La jeunesse n'est pas éternelle


Lucien Jeunesse s'est éteint, et avec lui certains de mes souvenirs d'enfance.

Sainte-Marguerite de Pornichet, chez ma grand-mère paternelle. Eté 1974. Elle qui ne savait parler autrement qu'en criant d'une voix de crécelle insupportable. La maison avait la largeur de la porte d'entrée. Une maison de vacances d'à peine 2 mètres cinquante de large. La largeur d'un chemin bordé de grillages de part et d'autres que mes grands-parents aimaient appeler "le jardin". Le frigo fonctionnait au gaz. Je me souviens de mon grand-père changeant les bouteilles en maugréant. On écossait des heures des haricots verts, alors qu'il me semblait tellement plus simple de les acheter en boîte ! Il y avait Lucien Jeunesse qui posait ses questions de sa voix sautillante, faisant régner le silence pendant les déjeuners sur la table de camping recouverte d'une toile cirée. Ses phrases légères étaient rythmées de mots choisis que je n'avais pas l'habitude d'entendre. Il y avait de la grenadine dans nos verres à moutarde. Le ding ding venait interrompre les tentatives vaines de mes grands-parents pour répondre aux questions du maître.

Il faudra encore attendre 16 heures 30 pour que mamie se décide à nous emmener mon frère et moi sur la plage. Elle va encore nous faire honte avec ses pelotes de laine, ses bobs Ricard, et cette voix ! Cette putain de voix de pauvre ! En 1974, les vacances étaient trop longues...

4/29/2008

Josef Fritzl remix


Josef ne semble pas si dangereux. Josef prend sagement la pose et fixe benoîtement l'objectif. Cheveux grisonnants légèrement en bataille, sourcils aux accents circonflexes et une fine moustache qui borde la lèvre supérieure. Josef ressemble à un vieux clown un peu usé par une vie de bohème. "C'est pourquoi ? Un casting ?" Non Josef, c'est la prison qui t'attend.

Josef est un monstre familiale. Pas un sanguinaire, non ; simplement Josef rêve d'un monde parfait, un monde à sa botte où il serait vénéré à sa juste valeur, lui le petit électricien mal considéré, peureux et vil. Alors patiemment, comme il tire ses cables électriques, Josef tire les fils de ses petites marionnettes dès qu'il a un moment. Entre les infos du soir et un épisode de l'Inspecteur Derrick. Après la café de midi...

Alors que sa chère épouse épluches ses patates, bercée par le tic-tac insupportable de l'horloge et le goutte à goutte de l'évier de la cuisine, Josef descend les poubelles à la cave. Evidemment Madame Fritzl sait. Au moins elle se doute. Son mari a sûrement une double vie. Elle le sait, mais elle préfère ne rien dire. Qu'est-ce que ça changerait d'abord ? Personne ne le croirait. Et puis Josef la tuerait si elle décidait de le quitter. Madame Fritzl subit en silence. Elle fait comme si. Josef sait qu'il peut compter su son indefectible silence.

A la cave, dans le royaume des profondeurs, dans la noirceur de son misèrable sous-sol intime, Josef joue, ses narines s'ouvre largement pour respirer la douce odeur de l'air vicié. Enfin. Il peut dessiner à l'envie l'effroi sur les visages des siens avec la patience d'un père. Il baise sa fille, il la coupe du monde, il abuse les enfants de sa fille, ses enfants. Il peut le faire, il a tous les droits, un père n'a-t-il pas tous les droits ? Aucune porte pour s'échapper, aucune fenêtre pour regarder le monde. Heure après heure. Jour après jour pendant 24 années.
C'est peut-être lui-même qu'il s'applique à tuer à petits feux, avec l'acharnement d'une ménagère préparant sa soupe, qui sait. Mais quelle imortance ? Josef n'est pas un homme, il est un ogre banal et narcissique. Il pourrait s'appeler Marcel, Bernard ou Machin bidule, vous, moi peut-être ! Josef Fritzl nous ressemble exactement.

Combien sont-ils, comme Natacha Kampusch et Elizabeth Fritzl, à vivre dans la cave ou derrière des doubles cloisons de notre petit voisin ? Des dizaines, des centaines ? Ou un seul ?

Source : L'Express

Sur le même thème :
Josef Fritzl : le Joker

Vico

4/18/2008

Madame Géniale


Lorsqu'elle arrivait à l'école maternelle pour chercher son fils, c'est toujours comme si la terre menaçait de s'arrêter de tourner. Tout ce qu'elle disait, pensait (toujours à voix haute), tout ce qu'elle faisait ou s'apprêtait à faire semblait de la plus haute importance : penser à prendre le sac du goûter resté accroché au porte-manteau de la classe, interpeller une autre maman, "Eh salut, tu vas bien ? Oui ? C'est génial ! Il faut qu'on se voit, tu m'appelles ?", remonter la fermeture éclair de l'anorak de son fils, payer la cantine, relacer une basket.

L'expression de son visage trahissait l'urgence absolue de sa mission : son fils, sa bataille ! Elle parlait fort, toujours en inspectant furtivement les alentours à la volée, toujours en détachant les mots comme une maitresse, ne négligeant aucune négation, choisissant son vocabulaire avec un soin particulier, dans un but volontairement éducatif.
Ce n'est pas qu'elle aurait aimer qu'on la regarde, non, simplement elle souhaitait que l'on remarque quelle mère parfaite elle était. Petite, elle aurait tant aimé avoir une mère comme celle là, précisément.

Chaque jour je la regardais s'agiter. Inmanquablement le simple fait de la croîser déclenchait chez moi un trouble, un agacement profond. Puis un jour je m'aperçus que je ne savais même pas à quoi ressemblait son fils. Blond, brun, petit ou grand ? Aucune idée. Ce gamin était une petite ombre docile et jamais je ne lui avais prêté la moindre attention. La prochaine fois, juré, je penserais à lui réserver un sourire, je ferais en sorte qu'il remarque que je sais qui il est.

Il est si compliqué d'exister quand on a une mère absolument parfaite.

4/08/2008

Et à ce moment là, David Douillet...




Et à ce moment précis, David Douillet se rappela qui il était vraiment. Un Judoka et un champion. Sixième Dan (Roku-Dan), double champion olympique 1996 et 2000, Champion du Monde à quatre reprises et Champion d'Europe. Ce palmarès faisait de lui le plus grand judoka français de l'histoire et l'un des plus grands combattants de l'histoire du judo mondial, et qui plus est un sacré bestiaux de 1m96 pour 120 kilos.

Lorsqu'il regarda la foule autour de lui, les cris de haine et les vociférations qui s'échappaient de la masse grise massée sur le bord de la chaussée ne lui parvenaient déjà plus. Un silence cotonneux lui emplissait les oreilles, le coupait du monde extérieur. Son entrée sur le tatami de Sydney lors de la finale des Jeux de 2000, le tunnel bas de plafond, les regards fixés sur lui, et tout à coup, la foule immense, les flashes qui crépitent, les cris, tout cela lui revint instantanément en mémoire. Il ressentait le même sentiment de sérénité, la même envie de laisser ce grand corps puissant et généreux s'exprimer, puiser dans ses réserves, soulever des montagnes. Il était le favori alors, l'arbre à terrasser, et il était prêt pour cela. Prêt à tout. Absolument tout.

David Douillet entendit soudain son nom scandé, accompagné de nom d'oiseaux et de cris, de sirènes de police. Il regarda l'officiel chinois en survet bleu-ciel agripper la flamme et l'éteindre. Sa flamme. Son rêve. Il ne savait donc pas, ce guignol, qu'on retire ses lunettes avant de parler à quelqu'un ? Mais le policier chinois ne parlait à personne, uniquement à un micro-cravate. L'officiel chinois pensait que la mascarade avait assez durée, que des images, ils en avaient déjà bien assez comme ça. Alors David Douillet posa sa main droite sur le col de l'officiel chinois, juste derrière le cou, et il le tira machinalement vers le sol, comme il avait appris à le faire. Cela suffit à mettre à terre l'homme en bleu qui hurlait de douleur dans son micro-cravate.

Une clameur s'éleva de la grisaille, sembla rebondir entre les piles du pont qui enjambait la Seine.
David Douillet trottait fièrement. La flamme olympique sans flamme, sans lueur, dans sa grosse pogne avait fière allure. Des drapeaux tibétains, chinois, français, mais aussi des drapeaux ornés des anneaux olympiques s'agitèrent alors dans tous les sens. david Douillet dégagea un à un les petits hommes bleus qui se précipitaient sur lui. Quand l'un d'eux mit la main à sa ceinture pour dégainer sa grenade lacrymogène, le fonctionnaire Miroslav Kierkowski, de la CRS 112, n'oublia pas son club de judo de Nancy. Il pensa à son maître (et aussi à Michel Platini qui était son héros) en collant une gifle à l'impétrant sous les hourras d'un groupe de tibétains. David Douillet remonta la rampe d'accès du pont sous les hurlements. Les chaînes de télé du monde entier interrompirent leurs programmes, le monde entier semblait suspendu au bon vouloir de ce type trop gras dans sa tenue de sports improbable. Une cohue indescriptible s'était mise en branle. Une sorte de mouvement perpétuel, comme une boule de neige qui dévale une montagne. Les caméras se précipitaient. Des types se vautraient sur le bitume en se prenant les pieds dans les cables. Chacun voulait son image, un mot du champion. Tout le monde criait, des filles hurlaient son nom, un hélicoptère survola la scène à basse altitude et un léger rayon de soleil fit son apparition. Ce qui est certain, c'est que David Douillet souriait.

Libe.fr

3/06/2008

Solo

Ma concubine est partie.

Pour deux jours, c'est pas long. Moi qui aime bien être seul, j'aime bien quand elle s'en va. C'est désespérant pour elle. Ce que j'écris ne va pas du tout lui plaire. En même temps, elle n'est pas là aussi je peux bien écrire ce que je veux, j'en profite. Tiens, je vais peut-être même mater deux trois meufs à poils, peut-être même plus, sur des sites spécialisés de ma connaissance... Oui, oui, rien que pour l'énerver !

Il fait nuit. Rien de plus agréable que de traverser l'appartement de part en part en sifflotant. M'en fiche. Les filles dorment à poings fermés. Deux jolies enclumes. Je mange une tartine de Roquefort à deux heures du mat., à trois heures je regarde les infos, à trois heures trente, je me tape un petit post en "freestyle", l'air de rien. A la cool !

L'appartement est en bordel, je serais fatigué demain, j'adore...

2/14/2008

Roulez jeunesse

Le bichon avançait, seul sur le trottoir. Plutôt il boitait. Il devait avoir cent ans (en âge chien évidemment). Ma chienne courut à sa rencontre en frétillant du cul, puis devant l'animal déplumé et brinquebalant, elle préféra reculer prudemment, comme on cherche à éviter le mauvais sort, comme si une forte odeur de mort émanait de sa carcasse.

Je m'arrêtai pour regarder la pauvre bête. Personne à l'horizon. Abandonné ? Une mouette riait au-dessus de nos têtes. Avec ses grandes ailes de planeur, elle me fit l'impression d'un vautour survolant tranquillement son repas.

Alors que je m'apprêtais moi aussi à abandonner le vieux chien à son triste sort, je la remarquai. Cinquante-cinq ans, peut-être soixante, une paire de lunettes noires siglée Dior, chevelure flamboyante relevée en chignon, lèvres nourries au Botox, peau tirée ravagée par les UV à hautes doses, elle était au volant de sa Smart. Elle roulait au pas. Sa clope au bec enfumait l'habitacle, donnant la sensation étrange qu'elle brûlait vive dans sa voiture et que cela ne semblait pas la perturber plus que cela. Elle était trop occupée à surveiller l'animal avec l'inquiétude névrotique d'une mère juive.

Madame promène son chien...


(Exactement ici, à l'emplacement de la flèche verte...)

2/12/2008

Le temps, et le raccourci

Le temps a un prix
J'ai souvent ressenti une sorte d'agacement, d'impuissance quand le temps se refuse à moi. La frustration est le mal du siècle, non ? Qui n'a jamais mangé des fraises à Noël ? J'aurais voulu pouvoir tout contrôler : le temps, l'existence, les autres, moi surtout. J'aurais voulu être un écrivain. Oui. Et même pas un grand. Non, un petit cela m'aurait été parfaitement. Mais le temps ne s'y prêtait pas. Il m'aurait fallu cent ans. En tout cas j'avais cette impression. Je ressentais trop de tensions, trop d'interférences. J'aurais voulu être un peintre, mais un grand, j'aurais voulu être footballeur, et aussi changer de planète.
Le temps est une angoisse trop prenante, trop saisissante pour ceux que l'avenir terrifie. Le temps est long, et lourd ; et il renvoie au vide, au rien, parfois à un instant du passé qu'on aurait souhaiter retenir ou bien oublier.

Aujourd'hui
Aujourd'hui, je n'ai pas pu résister. A l'instant " T " je suis entré dans ce café. Je me suis installé non loin de la jeune fille à la peau diaphane et au cou long et gracieux qui avait attirée mon regard depuis la rue. Sa main fine et agile gribouillait un carnet de croquis. Le temps autour d'elle n'existait plus. Elle avait rompu les amarres pour n'être plus qu'un trait et des perspectives abstraites. Elle ne m'a pas vu. Je n'ai pas cherché à l'être non plus.

Je l'ai regardé
Je l'ai regardé. Comme un bon et vieux souvenir enfoui qui resurgit soudain. Elle ressemblait étrangement à une jeune femme que j'avais connu et aimé. Elle dessinait des verticales et des horizontales qui s'entrecoupaient pour former des volumes, des immeubles. Etudiante en Archi. Peut-être. Comme moi. Je la regardais faire, se perdre, chercher. Je pourais être celui qui va lui offrir un verre, lui faire tourner la tête, je pourrais être celui va soulever des montagnes, écrire des livres, peindre une chapelle pour tenter de la séduire...

Je souris : Eh ! Je n'ai plus 21 ans. Le temps offre parfois d'étranges raccourcis...

Ma vie a pris un tour que je n'attendais pas. Si on m'avais dit il y a quatre ans qu'aujourd'hui je serais réflexologue, j'aurais d'abord demandé : "Mais c'est quoi un réflexologue ?"

12/13/2007

Playlist #3


powered by ODEO
Nouvelle Vague - Guns of Brixton
Parfois, je me laisse porter par une onde électrique, une vague puissante. Vers l'avant, d'avant en arrière et de droite à gauche. Ca va vite, alors. Toujours. Ca tourne, aussi. Vite. Et tout peut arriver. Je traverse les rues le nez en l'air, sourire triomphant. Je mate les meufs. Insubmersible. Du moins, c'est que je crois. Rassurez-vous, ça ne dure jamais qu'un instant quand on a une bonne tête de con !

12/12/2007

Ligne 2

Elastoc élastique
Le temps est un élastique capricieux quand le métro demeure trop longtemps à quai dans la lumière crue des néons et le ronronnement électrique de la rame. Oui, dix minutes, c'est une éternité. Surtout lorsque la voix hystérique d'une employée résonne dans les haut-parleurs de la station pour informer l'aimable clientèle de la RATP que « le trafic est interrompu sur la ligne 2 entre Père Lachaise et Barbès suite à la présence d'un voyageur malade en station. Veuillez prendre les autres moyens de transports à votre disposition »

Un voyageur malade en station, c'est bien ma veine, moi qui suis déjà en retard pour ma visite de contrôle à l'hosto. Ils peuvent pas le traîner par les pieds jusque sur le boulevard, le malade ? Pfff.

Le pays des Lumières
La France est un merveilleux pays, avec son peuple indiscipliné, pas courageux, mais têtu, et revêche à l'autorité, avec ses chers fonctionnaires et leur sens du service publique chevillé au coeur.

La voix du machiniste
Soudain la voix brute et authentique du machiniste, libre-penseur libertaire, fonctionnaire et fier de l'être envahit les wagons, résonnant de part en part, tonitruante et volontaire : « Hein ? Quoi ? Qui ?... Non,non,non.... Moi si y a pas de SP (Sapeur-Pompiers : Ndla), moi je roule et pis c'est tout ! »

Bip.......
Fermeture des portes. La rame s'enfonce gaillardement dans le tunnel nuiteux, alors que dans la station les haut-parleurs égrènent leur rengaine sur l'interruption du trafic. Les stations se succèdent, avec leurs quais désertés si ce n'est, bien sûr, la voix du fantôme hystérique et dégoulinante. Les voyageurs qui le veulent descendent, ravis d'avoir une station pour eux seuls : vive la France !

P.S. Je suis arrivé à l'heure à l'hosto, mais j'ai attendu 3 heures sur place avant de voir le big boss : salauds de fonctionnaires ! (oups, pardon...)

Grrrrrrrrr !

Magimix de merde marche pas mieux que l'ancien !
Je crois que j'ai décemment le droit de tuer "quelque chose" : un nain, un chat, un gendarme mobile, employé communal, une girafe, un fleuriste calabrais, une radiologue, un chauffeur de bus mexicain, ma dentiste du boulevard de Charonne, un ouvrier, un marin-pêcheur du Guilvinec, ma mère.

Re Grrrrrr !!!

12/11/2007

Expresso, mon Amour...


Expresso
Mise en ligne par reflexvital
Pour en finir avec un monde parfait
J'ai reçu un petit SMS du grand magasin, mais si vous savez bien. On me propose de passer au magasin afin d'y retirer un nouvel appareil de mon choix pour la même valeur que mon "ancien" Expresso qui était tout neuf, mais qui ne fonctionnait plus après 5 mois d'utilisation seulement. Je vous passe les détails Parce que déjà, je sens la pression monter.

Nouveau !
Un nouveau "Monsieur Sourire" est là, derrière le comptoir tout pourri du SAV, l'autre a peut-être bien rendu son tablier. En tout cas, le nouveau "Monsieur Sourire" m'accueille d'un large sourire surligné d'un "bonjour, monsieur" codifié par une direction tatillonne. Tout pareille que l'ancien "Monsieur Sourire". Il est organisé, rapide, professionnel. Cet homme-là devance toutes vos questions. Il m'informe que si jamais je désire tout autre chose qu'une machine Expresso, un écran plasma ou un Frigo à deux portes pour famille nombreuse par exemple, n'importe quoi, même de beaucoup plus cher, il n'y a aucun problème, je n'aurais qu'à payer la différence. Et si jamais je désire un truc moins onéreux, et bien cette fois c'est le grand magasin qui me rembourse la différente. "Notre métier, c'est de vous satisfaire, monsieur"

Am Stram Gram, Pic et Pic...
"Bon, je prends la même, pour voir si le cauchemar continue et je ne dis pas au revoir. Même pas à la vendeuse canon du rayon aspirateur. Personne, j'ai dit."

Non mais... Après un mois 1/2 à survivre sans café, je ne suis plus un garçon poli.

11/30/2007

Le SAV des émissions

Un vrai feuilleton
Ce matin, armé de ma patience, d'un Libé, ma cafetière expresso Magimix à 250 € sous le bras, je retourne voir mon ami "Monsieur Sourire" au SAV du grand magasin. Sept personnes devant moi. Une heure de queue.

"Ca marche pas ?!"
Ben non, évidemment, ça ne marche pas. Je lui confie que je pense que le réparateur qui a réparé la machine ne l'a juste pas fait. Je crois même pouvoir avancer, cher "Monsieur Sourire", qu'il n'a rien branlé du tout, à part lui-même peut-être.

J'aurais aimé que "Monsieur Sourire", selon une procédure établie par une direction tatillonne, empoigne derechef son téléphone rouge, qu'il balance un numéro auquel quelqu'un répondrait, qu'il demande à parler au fautif dont le nom apparaitrait forcément sur le compte rendu de réparation, j'aurais apprécié qu'il lui passe un savon, le menace de licenciement si jamais l'incident était amené à se reproduire. Mieux encore, j'aurais aimé que "Monsieur Sourire", toutes dents dehors, me propose de monter avec lui dans son AX diesel pour qu'on aille ensemble pèter les dents de l'individu sur son lieu de travail, pour l'exemple. J'aurais aimé pouvoir calmer "Monsieur Sourire", le ramener à la raison, lui préciser que, biensur, cette affaire ne valait pas non plus une telle réaction.

Il m'a juste dit avec un large sourire surligné d'un "Au revoir, monsieur" codifié par une direction tatillonne que mon appareil serait de retour dûment réparé le dimanche 19 décembre, et qu'il s'engageait à m'avertir par SMS si mon cher percolateur était diponible plus tôt. "A bientôt cher monsieur !"

C'est ça, c'est ça...

11/29/2007

La pression

Un monde parfait
Dans un monde parfait, lorsque votre cafetière expresso tombe en panne, le type qui vous reçoit au SAV du grand magasin vous accueille d'un large sourire surligné d'un "bonjour, monsieur" codifié par une direction tatillonne. Il est organisé, rapide, professionnel. Cet homme-là devance toutes vos questions. Il est même capable de vous donner à l'avance le jour de retour de votre appareil dûment réparé, il s'engage aussi à vous avertir par SMS si votre cher percolateur était diponible plus tôt. "En cas de retard ? Mais il n'y en a jamais, monsieur"

Ce monde m'était promis sur la facture d'achat du-dit percolateur. Je n'y croyais pas vraiment. J'avais bien raison.

5 novembre 2007
Mon cher percolateur est en carafe. Je le sentais venir depuis quelques semaines, la pression faiblissait jour après jour, la bête fumait, crachotait comme un vieux fer à vapeur. En bon père de famille, j'avais pris soin de suivre scrupuleusement les recommandations du fabriquant, un détartrage tous les mois, et ce dès le premier mois.
Par acquis de conscience, je fis malgré tout plusieurs détartrage d'affilé ; je n'allais quand même pas déranger le SAV et faire marcher la garantie au premier désagrément venu. Je démontai la buse de l'appareil, nettoyai, brossai, vérifiai. Je remarquai que lorsque j'enlevai la buse, la pression du jet d'eau était normale. Il me sembla donc évident que le problème de cette machine provenait d'une buse défectueuse et non d'un banal encrassement.

Le jour où je pointai ma fraise au SAV avec mon percolateur familiale sous le bras, je constatai à quel point l'enver du décor était nettement moins reluisant que la surface de vente. Les sources de lumières étaient faiblardes et peu nombreuses, les murs étaient couverts de crasse, il faisait froid et les employés avaient remisé le beau costume rouge et la cravate au vestiaire. Ils devaient les mettre le dimanche par aller au stade. La surface du comptoir avait été rafistolée avec les moyens du bord, un angle avait même été renforcé au gafeur. Et puis il y avait ce panneau, plus exactement cette feuille de papier sur laquelle était écrit au marqueur d'une écriture à peine lisible :

"Suite à une panne informatique, le SAV est fermé.
Revenir demain"


C'est à dire que lorsque l'ordinateur du SAV est en panne, et bien le monde s'arrête. Je repartis avec ma machine expresso qui me paraissait tout à coup bien plus lourde qu'à l'aller.

Deux tonnes
Le lendemain, ma cafetière de deux tonnes et moi, on s'est retrouvé face au même panneau, exactement au même endroit. Je décidai de m'enquérir de la situation au comptoir d'à côté, celui du Retrait des Achats où l'ordinateur ronronnait, confortablement posé sur son pupitre. Je tentai bien une approche sans faire la queue, mais la jeune femme blonde aux cheveux gras (je précise cet aspect des choses à l'attention d'une nouvelle lectrice que je ne voudrais surtout pas décevoir) refusa catégoriquement de me répondre, conforté dans son choix par la dizaine de vieux coincés qui attendaient qu'on leur livre leur écran plasma ou une yaourtière.
Après une demie heure d'attente, ce fut mon tour. Elle me regarda avec sa paupière lourde, puis désigna le panneau qu'elle me lut : "Suite à une panne informatique, le SAV est fermé. Revenir demain" Après quoi elle se tourna vers ses collègues en ricanant : "Y en a, y z'ont vraiment du temps à perdre ?" Puis elle daigna enfin lever ses paupières pour me regarder de ses yeux, elle haussa les épaules : "Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise de plus ?"

L'oeil du dragon
A la vitesse d'un Samouraï, j'enfonçai deux doigts, les plus gros que j'avais, dans les narines de la blonde et...
Non. Non, évidemment je n'ai pas fait ça. Mais je l'ai pensé si fort. Elle a du l'entendre. Enfin j'espère. J'ai simplement précisé que ce panneau était déjà présent la veille, ainsi que moi et aussi ma machine en panne.

Quatre jours de suite je suis ainsi revenu. La blonde, dès qu'elle m'apercevait, disparaissait d'un coup dans la remise. Je vous entends déjà : "oui enfin quand même, il est un peu con l'auteur, il aurait pu téléphoner, non ?"

Essayez de les appeler, pour voir...

J'ai finalement pu leur confier ma bécane. L'homme qui me reçut était un véritable professionnel, sans la cravate toutefois. Il m'accueillit avec un large sourire surligné d'un "Bonjour, Monsieur" codifié par une direction tatillonne. Il était organisé, rapide, oui un vrai professionnel. Cet homme devança toutes mes questions, il fut même capable de me donner le jour de retour de mon appareil dûment réparé : "le 11 décembre, Monsieur". Il s'engagea même à m'avertir par SMS si mon cher percolateur était diponible plus tôt. En cas de retard ? Non, de cela il ne parla pas.

SMS, mon ami
Aujourd'hui 29 novembre, un SMS m'annonça que ma machine espresso était disponible au SAV du grand magasin. Formidable le monde moderne. Ces types réparent plus vite que leur ombre.

Sourire codifié : "Je tape le rapport, monsieur, je vais pouvoir vous dire qu'elle était la panne" Diagnostic : détartrage, éssai, retour au client.
Je regarde le type, tel Numéro 6 faisant face à Numéro 2 : "sans déconner, ils me prendraient pour une truffe vos réparateurs ? Je vous pari un billet que vous me revoyez demain avec cette machine !"

Essai
Une fois la machine déballée, posée à sa place sur le plan de travail de la cuisine, je remplis le réservoir afin de faire un essai. Je mis un certain temps à m'apercevoir que l'eau que je versais se répandait aussitôt tout autour de la machine : "Merde ! C'est quoi encore ?"

Ces abrutis avaient dû faire tomber le réservoir, l'angle avant gauche du bidon en plexiglass était brisé.

Pari gagné
J'ai déjà gagné mon billet virtuel. Le type me reçut, le sourire en moins, la bienveillance en plus. "Il n' y en a plus en stock, mais je vais vous trouver un autre réservoir dans une machine neuve".
Super.

Triple buse
18h30, le moteur de ma machine expresso ronronne, je penche la tête pour voir ce qu'il se passe. Rien : quelques gouttes de café s'écrasent mollement dans la tasse. Evidemment, c'est la buse qui est défectueuse.
J'ai raté ma vocation...

11/28/2007

"Drôle" de rêve

Concept
La mort est un "concept" qui occupe trop de temps dans ma vie. Chaque jour, j'ai une pensée pour chacun de mes morts. Il y a les grandes et les petites morts. D'un côté je place les dormeurs sous pierres tombales à inscriptions dorées, de l'autre ceux et celles qu'on a simplement perdu de vue. Je pense aux uns comme aux autres tous les jours. Ca me prend du temps.
Il faut que je cesse d'imaginer les morts tels qu'ils auraient pu être, et les vivants tels qu'ils sont peut-être.

Il n'y a rien de spécifiquement morbide pourtant. La mort, ou plutôt l'histoire, ou encore le passé, me structurent, me portent. Je me sens comme chargé d'un devoir vis à vis de ceux qui m'ont aimé et qui ne sont plus près de moi. Ils me regardent ou pensent à moi peut-être, et ça m'embêterait de les décevoir.

C'est sous leurs regards que j'agis.

Cette nuit j'ai fait un "drôle" de rêve. Morbide celui-là
J'ai rêvé que je ressentais l'acte de mourrir. J'étais dans mon lit et je sentais la mort venir. La peur qui monte doucement, la douleur qui s'accélère, la sueur épaisse qui glisse dans votre cou, le coeur qui bat à vos tempes de plus en plus fort, de plus en plus vite, l'air qui commence à manquer, le bruit rauque de votre respiration encombrée, l'espace neutre de la chambre à coucher dans la nuit qui disparaît, doucement, inexorablement, de votre champ de vision, ce bruit éléctrique dans vos oreilles qui augmente, la panique qui vous gagne. Vous allez mourrir, vous le savez. C'est ici et maintenant.
Votre respiration s'accélère, mais l'air se raréfie encore, c'est de pire en pire. Bientôt vous criez, vos poings s'accrochent aux draps, tirent, tirent plus fort que jamais, à en crever, vous criez, vous hurlez, mais personne ne vient, personne ne vous entend plus. La douleur vous transperce comme une lance, vous vous redressez, le visage en arrière pour chercher l'air. Ca y est, vous savez, vous savez ce que personne ne peut plus dire, vous traversez l'étroit tunnel qui mène dans l'autre monde. L'espérience est extatique. La plus incroyable de toute votre vie. Vous bandez peut-être, comme un pendu.

Cliniquement correct
Quel mort nous réserve-t-on ? Une mort avec péridural. On naît sans douleur, on on meurt de la même façon. Cette nuit je suis mort aussi de cette façon, histoire de voir laquelle je préfèrais. A vous de deviner ?

Vous êtes dans cet hôpital depuis des semaines. C'est long. Le personnel est gentil avec vous, mais impersonnel, justement. On vient vous voir, la famille laisse des fleurs que vous regarder flétrir dans leur vase ou des chocolats que vous ne mangerez jamais. A mesure que vos douleurs augmentent, les infirmères ajustent les doses de morphine, si bien que vous ne ressentez plus grand chose, ni vous-même. Vous aimeriez parler, comprendre, mais votre esprit s'embrume de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps. Vous tentez de vous battre, mais la porte de votre cerveau est fermée et vous n'avez plus la clef. Elle pend à la boutonnière de l'infirmière, inaccessible. Vous n'avez plus les mots. Vous rassemblez ce qui vous reste d'énergie pour relever vos paupières qui pèsent des tonnes, mais la force vous a définitivement abandonné. Depuis combien de temps vous battez-vous ? Vous n'en avez aucune idée : une seconde, trois semaines ? Que c'est stupide de finir ainsi. Bientôt vous dormez. Et vous ne savez même pas que vous êtes mort.

* J'apprends que Fred Chichin, des Rita Mitsouko est mort aujourd'hui. Il avait 53 ans. Il va rejoindre la cohorte de mes pensées affectives...

11/23/2007

Le vieil homme en transit

Une avenue, quelque part dans Paris
Le Ford Transit devait avoir fait deux fois le tour du compteur, et peut-être aussi de la terre. Il était garé là, près d'une école maternelle ; blanc, cabossé et rouillé. La pluie qui tombait ce matin là redonnait un peu de brillant à la carosserie. Les vitres arrières du fourgon étaient masquées par des cartons et des palettes de chantier placés à la verticale contre les portes. C'est cela que je remarquai en premier : il devait y avoir un sacré bazar à l'intérieur. Peut-être la camionnette d'un ouvrier du bâtiment faisant des chantiers au noir. Il y avait des travaux dans un deux pièces du second étage de mon immeuble, j'imaginai que c'était peut-être à lui.

Du temps s'écoula. Les feuilles tombèrent des arbres, faisant un tapis imposant sur le trottoir, des Petits hommes verts et leurs engins de nettoyage de la Ville de Paris vinrent effacer les traces de l'automne, et le vieux Ford Transit blanc n'avait pas bougé un seul jour. Le bazar à l'intérieur non plus.

Le jour où je vis une épaisse fumée blanche s'échapper du pot d'échappement du Vieux Ford Transit, mon regard chercha aussitôt qui se trouvait au volant. Je ne vis d'abord que l'éclat rouge d'une cigarette briller dans l'ombre.

L'homme qui se trouvait au volant me sembla petit. Petit et sec. Et il était vieux. Ses traits étaient creusés, dur, son teint gris. Il arborait une maigre barbe de quelques jours, il portait aussi un bonnet en laine sur la tête. Il faisait très froid sur Paris. D'une main il tenait le volant de l'autre sa cigarette qu'il roulait machinalement entre ses doigts entre deux tafs. Il pleuvait, les essuie-glaces balayaient sporadiquement le pare-brise, si bien que le vieil homme disparaissait par intermittence derrière un rideau de gouttes qui le transformait petit à petit en un tableau inquiétant de Francis Bacon.

Je m'arrêtai à sa hauteur, mon chien pissa, je fixais le vieil homme. Il regardait droit devant lui. Devant lui, il n'y avait que l'arrière d'une Clio grise et rien d'autre. Il ne semblait rien attendre. Simplement il était là, au volant d'un Transit toussottant, moteur allumé.

Ce soir, un carton qui masquait la vitre latérale du fourgon avait glissé de son emplacement. J'ai pu regarder à l'intérieur. A l'arrière de la fourgonette se trouvait un vieux frigo, un vieux vélo, quelques meubles entassés n'importe comment, des objets disposés au mieux dans les interstices, un matelas miteux sur le tout. Dans un minuscule espace libre s'entassaient des gros sacs poubelles noirs remplis de vêtements bien pliés...

Le vieil homme habite là.

PB200306.JPG

Archive du blog

Le mot du directeur

La direction vous souhaite la bienvenue dans son établissement de divertissement à but non lucratif

La direction décline toute responsabilité quand aux sentiments que la lecture de ces lignes pourrait occasionner

La direction ne pourra en aucun en être tenue pour responsable